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Pourquoi il faut se méfier des traders et des PDG salariés

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Le point commun entre ces deux personnages est qu'ils vivent d'un salaire, éventuellement d'un bonus, parfois de stock options, leur patrimoine est rarement constitué d’actions de leur société qu’ils auraient payées.
Ni l'un ni l'autre ne peut réellement travailler dans l'intérêt à long terme des actionnaires, car leur système de rémunération et leur patrimoine ne sont pas liés au succès patrimonial de leurs mandants. Pire leur système de rémunération peut conduire à des prises de risques insensés à Moyen terme mais potentiellement très rémunérateur pour eux à Court terme.

 

 

Dans la crise financière à rebondissements que nous traversons depuis un an, l'histoire retiendra sans doute que c'est probablement la fin d'un certain capitalisme décrit par JK Galbraith dès les années 60. Le capitalisme de la technostructure, poussé à l'extrême, dévoyé diront certains, par des systèmes de rémunération où l'intérêt de l'entreprise, l'intérêt des actionnaires, l'intérêt des salariés, l'intérêt macro économique et sociétal ne convergent plus.
Les stake holders ont des intérêts différents et bientôt divergents de celui des shareholders.
En fait les Dirigeants sont rémunérés comme des VRP qui seraient poussés à faire du chiffre au prix marginal, au détriment de la marge ; plus ils en font, plus ils gagnent, mais plus l'entreprise s'essouffle sans couvrir ses frais fixes.

 

Au début de ma carrière, comme salarié d’une société financière, un de mes collègues et ami, me disait en rigolant, à propos du trading : "pourquoi s’en faire, c'est pas ton fric, c'est pas ta boite".
La règle, culturelle, qui vient de faire sauter la banque mondiale, était déjà bien connue : “pile je gagne, face je ne perds pas”.

 

De fait, un patron salarié, même intelligent et honnête, voire très rigidement moral et totalement rationnel, sait que le risque est porté par les actionnaires, et qu'il pourra toucher lui un pactole si les choses vont bien, sans perdre grand chose si les choses vont mal.

 

Quand la Banque S....G... perd 5Mrds d'€, son PDG n'est pas viré et n'est pas ruiné. Quand elle gagne 1Mrd d'€ il touche 5, 10, 20 M€, peu importe.
Il sait donc implicitement qu'il peut pousser la banque vers des niveaux de risques énormes puisqu'il ne risque rien, sauf un peu de honte, vite passée, et une éventuelle mise en retraite anticipée.
Il n’est pas malhonnête, il est plutôt supérieurement intelligent, mais complice, victime consentante d’un système, assez grisant, dans lequel il ne peut que faire fortune ou prendre sa retraite. Pas mal, non?

 

C'est pour cela qu'il y a une énorme différence entre la rémunération globale de Bernard Arnault et celle des patrons salariés d'autres entreprises du CAC 40.
Dans un cas la rémunération est le fruit du travail, de l’excellence ET de la prise de risque ; pour les autres elle n’est que celle du travail et de l’excellence supposée.

 

Ce qui fait LE grand patron par rapport à des super cadres dirigeants, c’est que Bernard Arnault prend des risques avec son argent.
Je me rappelle très bien la leçon qu’il m’a faite à ce sujet il y a 8 ans quand je travaillais pour lui sur Zebank : “Monsieur de Montety, n’oubliez pas que c’est avec mon argent que nous travaillons”, un jour où j’avais lancé un projet, modeste, sans l’avoir formellement validé avec lui.
Il avait 100% raison et j’ai retenu la leçon.
L’entrepreneur ne travaille pas de manière irresponsable avec de l’argent public ou privé, anonyme, mais avec le sien propre, sous sa propre responsabilité entrepreneuriale.

 

Il n’est pas surprenant que l’une des rares banques européennes à tirer son épingle du jeu de massacre actuel soit Santander dirigée par E.Botin, 3° du nom à la tête de la banque et toujours actionnaire significatif.

 

Dans vos investissements, regardez bien ce que les dirigeants ont à perdre si tout va mal. Perdent-ils en proportion autant voire plus que vous? Si la réponse est non, quittez vite cette entreprise, c’est peut être un jeu de dupes.

 

A vue de nez je dirais que si l'équipe dirigeante ne POSSEDE pas au moins 10% du capital de l'entreprise, elle sera sans doute amenée à prendre des décisions qui ne sont pas rationnelles à Long terme, du point de vue des actionaires. Et surtout ne vous laissez pas avoir par les pseudo discours sur la Création de valeur, chère aux analystes et CEO bateleurs d'AG.

 

Montety, Féral & Cie

Posté par olivier

  • 2008/11/07
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