Dans le système bancaire "capitaliste", il arrive (de plus en plus?) fréquemment qu'un établissement bancaire qui a pris des risques inconsidérés se trouve proche de la faillite.
Si la fréquence n'augmente pas vraiment, la gravité de la crise, parce qu'elle induit ce que les analystes appellent un risque systémique, conduit à des plans de sauvetage pilotés par les autorités de l'Etat. Ceux ci reviennent à ce qu'une méga banque, par exemple JP Morgan-Chase, elle même résultat de 15 ans de fusions, soit invitée à en avaler une autre, dans notre exemple Bear Stearns.
La banque faillie disparaît, avalée par la banque vertueuse, les dépôts des clients et la morale semblent sauves.
En sommes nous surs?
Jusqu'au 19° siècle les banques n'étaient pas des sociétés anonymes et si un banquier laissait sa banque partir en vrille, il était ruiné, personnellement et de manière infinie, et pas seulement ses clients ou actionnaires du montant de leurs dépôts ou investissements malheureux. Cela avait au moins le mérite de rendre le banquier précautionneux dans ses spéculations ( c'est à dire au sens propre dans ses tentatives de voir plus loin que les autres).
Aujourd'hui, la dictature du Return on equity, pousse des PDG de banque, faiblement investis à titre personnel dans le capital de la banque qu'ils dirigent, irresponsables de sa faillite quand elle survient, à mener des opérations que la morale, le bon sens ou la prudence réprouvent.
Je me rappelle encore il y a quelques années, la délectation de M.Bouton rappelant, jusqu'à l'extase, devant ses cadres de la SG.CIB à quel point la "création de valeur" par le bais d'un Return on Equity de 15% par an était bien le seul objectif que nous devions tous poursuivre....
Quelques mois plus tard je quittai cette maison sans quête de sens pour lancer un projet qui n'était en fait pas moins fou!
La SG avait créé une culture interne dans laquelle deux valeurs avaient perdu leur prééminence : tout d'abord la prééminence du client sur l'actionnaire, et ensuite la prééminence du respect des dépôts des clients et des fonds de l'actionnaire sur le résultat à court terme : culture client, culture du risque. Et voilà le terreau sur lequel s'épanouit le jeune Kerviel.
La Générale n'a pas failli, de peu, mais elle est affaiblie, sans doute encore capable de repousser une OPA ( qui pourrait envisager sans crainte de se charger de risque incontrôlé?).
Il y a quelques mois je vous parlais de la limite au gigantisme des opérations de Fusions acquisitions, le Système d'information ; mes Anglais de Egg m'avaient appris une expression plus pertinente, Management information, ou MI.
La mine défaite de M. Bouton fin janvier s'explique avant tout par ce trou de MI.
Quand, Inspecteur des Finances, on dirige l'une des plus grandes banques européennes, qui s'enorgueillissait de la qualité de ses résultats, de ses contrôles, de l'homogénéité de son management dans les crises ces 15 dernières années, découvrir qu'un gamin, même pas X ou énarque, avait pu planter la banque, en positif de 1.5Mrds d'€ puis en négatif de 5, à quelques semaines d'intervalles et que personne n'ait rien vu, rien dit, qu'aucun voyant rouge ne s'était allumé....
Il y a de quoi être dépité, voire un peu agacé! et avoir du mal à le cacher.
Faut il admettre qu'on savait ce que faisait JK et que la responsabilité est partagée ( dans ce cas D.Bouton et JP Mustier auraient dû partir pour voir mis les doigts dans le pot de confiture)?
Fallait il admettre que la Générale ne savait pas contrôler son avatar monstrueux et qu'elle ne méritait pas d'être Derivative House of the Year, et dans ce cas D.Bouton et JP.Mustier devraient partir pour incompétence...
Pourquoi personne n'a voulu acheter la Soc Gen?
Parce que tous les banquiers raisonnables d'Europe, et ils sont fort heureusement la majorité, se sont dit que si Daniel Bouton n'avait rien vu, alors qu'il avait les commandes de cette culture d'entreprise, depuis 15 ans tout de même, de ce Management Information et de son contrôle des risques, ils seraient bien fous de croire faire mieux que lui, à plus forte raison contre lui.
DB restera PDG encore quelques mois et tentera de négocier en position de force une alliance/fusions rapprochement, parce que si beaucoup de banquiers veulent la SG, beaucoup pensent que c'est une Bombe non désamorcée tant que son système de contrôle n'a pas été remis à plat... et sa culture d'entreprise aussi!
Citi a aussi eu quelques inquiétudes d'après les journaux. Citi est encore plus gros, encore plus complexe, son MI est encore plus tentaculaire et forcément simplificateur pour être synthétique.
Nos géants bancaires multinationaux, multi-spécialistes sont peut être devenus trop monstrueux pour être réellement contrôlés. Leur faillite entraînerait celle de tout un système mondial, alors la Fed et les États les renfloue et les fusionnent avec un autre plus vertueux, jusqu'à la prochaine fois.
Personnellement je pense qu'un établissement bancaire failli devrait TOUJOURS être démantelé, pour réduire le risque systémique au lieu de le transférer.
A chaque nouvelle fusion de géants bancaires, je m'interroge sur l'opposition entre goût du pouvoir et bon sens. :-)
Il y aura deux questions essentielles à se poser dans les mois à venir sur l'avenir de JP Morgan-Chase-Bear stern et sur Soc Gen :
1° Comment JP.Morgan va t'elle intégrer son MI et celui de Bear Stearns et comment va t'elle re-développer une culture de risque, ou de prudence dans sa nouvelle filiale?
2° Comment M.Bouton va t'il non seulement réorganiser le MI de SocGen ET changer la culture de sa banque? Kerviel n'existe que parce que les traders ont été culturellement valorisés comme supérieurs aux contrôleurs. Qui osera dire ce que tout le monde savait, si Jérome Kerviel n'est pas le fils caché de M. Bouton, il en est le neveu, parce qu'il est bien le fils non reconnu, mais symbolique de M.Mustier :-), qui a créé le système Delta One.
Virer quelques lampistes "pour l'exemple" ne changera rien si le système entier des valeurs de l'entreprise n'est pas remis à plat.
Pour vous entrepreneurs ou repreneurs :
Quand vous achetez une entreprise, quelle qu'en soit la taille et la complexité apparente ou réelle :
1° pensez au MI à mettre en place pour bien la gérer et l'intégrer avec la votre.
2° pensez à garder une bonne dose de "bande passante" et de temps pour gérer cette complexité additionnelle à celle de votre entreprise.
Bonsoir
Olivier de Montety

